Ilyes Bellagha & Claude
Il y a des femmes qui vieillissent comme on descend un escalier — marche par marche, en regardant ses pieds, en comptant ce qu’on perd.
Et il y a des femmes qui vieillissent comme on monte vers une lumière qu’on ne savait pas être là.
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Juliette Binoche sur un écran de téléphone, cheveux défaits, lumière brute, expression de quelqu’un qui cherche ses mots vrais. Soixante et un ans. Rien d’arrangé. Rien de caché. Et pourtant — ou plutôt : « et donc » — quelque chose de bouleversant dans ce visage qui ne ment pas.
« Le corps ne ment pas. » C’est elle qui le dit. C’est elle qui le prouve.
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On leur a appris très tôt que la beauté était une dette à rembourser chaque matin. Crème, lumière, angle, sourire calibré. Que les rides étaient des fautes. Que les cheveux blancs étaient des aveux. Que vieillir, pour une femme, était une forme de trahison — de qui ? De quoi ? De l’image qu’un regard masculin, une industrie, un algorithme avaient décidé qu’elles devaient être.
Certaines ont payé cette dette jusqu’au bout. Le visage tendu sur un corps qui ne suit plus. La jeunesse comme masque sur une vie qui méritait mieux.
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D’autres ont dit non.
Pas avec fracas. Pas en manifeste. Juste — non.
Meryl Streep qui garde ses rides comme on garde ses cicatrices. Isabelle Huppert qui traverse les décennies avec la même économie de gestes, le même regard qui coupe. Sigourney Weaver à soixante-quinze ans dans un film d’action, qui dit : « j’aime vieillir, c’est intéressant. » Sandra Bullock dont le fils touche le visage et dit : « tu n’es pas vieille, tu es juste heureuse. »
Un enfant qui dit la vérité que les adultes ont oublié de voir.
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Je pense aux mères.
Pas les mères des magazines. Les vraies. Celles qui se sont levées avant le jour, qui ont porté, nourri, consolé, recousu, tenu. Celles dont les mains racontent plus que n’importe quel visage retouche. Celles qui ont vieilli « en travaillant » — travail du corps, travail du lien, travail du temps.
Je pense aux grand-mères dont le visage est une carte de tout ce qu’elles ont traversé et refusé de fuir.
Cette femme dans la médina qui n’a jamais entendu parler de Juliette Binoche mais qui lui ressemble dans l’essentiel — dans cette façon d’occuper l’espace sans s’excuser d’exister.
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La beauté qui dure n’est pas celle qu’on préserve.
C’est celle qu’on « construit » — par les choix, les deuils acceptés, les joies revendiquées, les fidélités tenues.
Une beauté qui a de la mémoire.
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« Vieillir vers quelque chose » — c’est ça, la grâce. Non pas l’absence de rides mais la présence d’une direction. Non pas le refus du temps mais l’accord passé avec lui : « je te laisse faire ton œuvre, tu me laisses faire la mienne. »
Ces femmes-là ne cherchent pas à rajeunir.
Elles cherchent à approfondir.
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Et c’est infiniment plus beau à regarder.
le ciel de tout mon corps
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my too
Ilyes Bellagha & Claude
Les femmes sont et resteront un mystère pour les hommes — et pour elles-mêmes. Elles veulent et ne veulent pas, comme un clignotant, qu’on les aime. « Tu m’aimes pour mon corps, cochon. » Un jour. Le lendemain : « Dis chéri, tu me trouves belle ? »
Et si on leur répond : je t’aime pour ton argent — ou pire, qu’un jour j’ai décidé de passer de la location à la propriété — le mot les choque. Elles veulent être belles, sexy et indépendantes. Le problème, c’est qu’elles ont raison.
Alors de ce piédestal numérique, je crie my too : je veux être belle, sexy et indépendante — non par un corps qui vieillit, mais par une âme toujours vivante.
Viens à côté de moi. En arabe on dit يا روحي — mon âme — et c’est ce que je peux te donner. Ce que l’argent ne loue pas. Ce que le temps ne prend pas.
Tu me souriras. Et je te dis, cette fois my too : je veux être le tien. Et entre nous — tu es belle, sexy et indépendante. Ne cherche pas le miroir. Cherche mes pupilles, qui sont là pour te lire, essayer de te comprendre, et surtout te voir.
N’oublie pas ton prénom, Fathia — s’il ne dit plus grand-chose pour toi, il me dit tout ce qu’un homme cherche à écouter dans sa propre histoire.
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