La BCT, Banque des Cocus Tunisiens : quand la prévention devient une punition collective
Nous sommes en Tunisie, pays « post-moderne » où l’administration excelle dans l’art de fabriquer des prompts aussi fluides qu’un suppositoire à la menthe ou à la vanille. Mais quand il s’agit de la vie réelle des citoyens et des entrepreneurs, la machine se grippe avec une efficacité redoutable.
Hier encore, un entrepreneur tunisien voit sa carte technologique – celle qui lui permet de travailler, de facturer, de faire tourner son activité et de contribuer à l’économie du pays – brutalement bloquée. Il appelle son agence bancaire :
- « Qu’est-ce qui se passe ? »
- « Plusieurs cartes sont bloquées. »
- « Pourquoi ? » (question naïve, il l’avoue).
- « C’est pour contourner d’éventuelles fraudes. »
- « Mais je ne suis pas un fraudeur, ma carte a un CVV, tout est en règle… »
- « Vous savez, Monsieur, vaut mieux prévenir que guérir. On va vous renouveler une nouvelle carte, pas d’inquiétude. »
- « Quand ? »
- « Une semaine à dix jours ouvrables. »
Voilà. En une conversation de trente secondes, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) vous tend la main droite, vous reprend la gauche, et termine par une caresse sur les fesses avec son célèbre « vaut mieux prévenir que guérir ».
Le diagnostic du médecin BCT est lui-même gravement malade.
On bloque des milliers de cartes « par précaution ». On prive des commerçants, des freelances, des startups et des salariés de leur moyen de paiement principal pendant plus d’une semaine. On leur dit, la bouche en cœur, que c’est pour leur bien. Pendant ce temps, l’argent reste bloqué dans les caisses, les transactions s’arrêtent, les opportunités se perdent et la confiance s’évapore.
La BCT, dans sa grande sagesse, nous explique parfois qu’« il n’y a plus d’argent dans ta caisse » ou qu’elle « ne travaille pas la nuit », comme une maquerelle qui fixe ses horaires. Sauf que l’économie, elle, ne dort jamais. Les factures, les salaires, les impôts et les charges continuent de courir.
Cette politique de sécurité à la hache transforme chaque citoyen honnête en suspect potentiel. Au lieu d’investir dans une vraie détection intelligente des fraudes (IA, scoring comportemental, authentification forte sans bloquer tout le monde), on préfère la solution la plus paresseuse et la plus punitive : paralyser des dizaines de milliers de cartes en même temps.
Résultat ?
- Des entreprises qui ne peuvent plus payer leurs fournisseurs.
- Des indépendants qui perdent des clients.
- Une image de la Tunisie bancaire encore plus dégradée à l’international.
- Et une population qui se sent, une fois de plus, prise pour des cocus.
La BCT a le monopole de la monnaie et de la régulation. Elle a aussi le devoir de ne pas asphyxier l’économie qu’elle est censée protéger. « Vaut mieux prévenir que guérir » est un beau principe, sauf quand le remède est pire que le mal.
Il est temps que la Banque Centrale arrête de traiter les Tunisiens comme des fraudeurs en puissance et commence à les traiter comme des partenaires de l’économie. Une carte bloquée ne devrait pas être une sanction collective par défaut, mais une exception rarissime, transparente et rapide à résoudre.
En attendant, on continue de payer les frais de cette « prévention » : en temps perdu, en opportunités ratées, et en dignité légèrement froissée.
BCT : Banque Centrale… ou Banque des Cocus Tunisiens ? Le jeu de mots est cruel, mais il est surtout terriblement actuel.
Et vous, combien de temps votre carte est-elle restée bloquée « pour votre bien » ?
(Article rédigé à partir du témoignage reçu. Les faits relatés sont malheureusement trop courants en Tunisie ces derniers mois.)