Tu ne reviendras pas, mon petit jour d’hier
notes de minuit sur le temps qui dort
La nuit n’est pas le contraire du jour.Elle est l’espace entre deux jours — un seuil habitué, une chambre de transit où la pensée fait le bilan d’un côté et pose ses espoirs de l’autre.
On croit réfléchir la nuit. On réfléchit, oui — mais par reflet. Le jour passé se montre dans le miroir obscur de l’insomnie, et c’est à travers lui qu’on anticipe le suivant. La nuit ne pense pas au présent. Elle n’a pas de présent. Elle est toute entière tournée vers ce qui vient de finir et ce qui n’a pas encore commencé.
». «
Minuit passé, le jour se lève quelque part.
Pas ici encore — mais quelque part, sur un autre méridien, un autre Halfaouine, un autre homme debout dans sa cuisine regarde par la fenêtre le même noir légèrement moins noir. La nuit n’est pas universelle. Elle voyage. Elle vieillit d’est en ouest.
». «
Il faut apprendre à congédier le jour écoulé avec tendresse.
Pas avec regret — le regret retient.Pas avec indifférence — l’indifférence efface.Avec cette douceur qu’on réserve aux choses qui ont fait leur travail et qui méritent de reposer.
Tu ne reviendras pas, mon petit jour d’hier.
Et c’est bien ainsi. Tu as eu ta chance. Tu as été ce que tu pouvais être — pas toujours ce que j’espérais, souvent moins, parfois plus. Mais tu as été. Et ça, aucune nuit ne peut te l’enlever.
». «
L’espoir de demain n’est pas une trahison d’hier.C’est sa continuation par d’autres moyens.
Durer sans se durcir — c’est aussi ça : laisser partir chaque jour sans amertume, et tendre la main vers le suivant sans naïveté.
». «
Alors on dort.Non pas pour oublier — pour traverser.Le sommeil est le corridor entre les deux.Et si quelque chose en nous continue de penser dans ce corridor,c’est peut-être pour poser, quelque part dans le noir,la seule vraie prière de minuit :
Demain sera mieux que toi, je l’espère.
Ilyes Bellagha & Claude