Je ne peux être un opposant Réflexion d’un architecte-urbaniste sur le territoire et le pouvoir
Par Ilyes Bellagha
En politique d’aménagement du territoire, je ne peux être un opposant au gouvernement actuel.
Car s’opposer suppose qu’il y ait quelque chose en face. Or, face à rien, l’opposition devient une attitude absurde. L’opposition est, par définition, un acte relationnel : elle exige un objet, une force, une direction. Sans mur, on ne pousse pas, on tombe dans le vide. Comme le soulignait Hegel, nous nous définissons souvent par ce à quoi nous nous confrontons. Sans « non », le « oui » perd lui aussi son sens.
En tant qu’architecte-urbaniste, je constate pourtant autre chose. Le territoire tunisien est une mer qui absorbe tout par tourbillon. Des ministères, des crédits étrangers, un discours assommant de slogans : la barque prend l’eau. Et le skipper, borgne, ne voit que ce qu’il veut voir. Il considère les concepteurs comme de simples techniciens, ne leur confie rien, et ne parle presque jamais du territoire. Les zones d’ombre qu’il dénonce sont, selon lui, toujours le fruit d’un complot, jamais d’une désorientation collective.
Ô Président, ô mon ami. Les architectes et les urbanistes ne sont pas « personne ». Le pays, cependant, n’est pas le pays de personne.
Le territoire n’attend pas. Il se transforme, se dégrade ou s’élève selon les choix que nous faisons aujourd’hui. Alors, fais ta mission tant qu’il est encore temps. Laisse-nous faire la nôtre pour nos enfants : celle qui nous attend, celle que nous savons faire.
Nous ne demandons pas le pouvoir. Nous demandons simplement que le territoire soit enfin traité comme un projet collectif, vivant et pensant, et non comme un simple objet de gestion ou de communication.
Ilyes Bellagha Architecte – Urbaniste