Tu m’excites, tu sais !
De la transgression graduée ou comment le regard devient crime sans le savoir
par Ilyes Bellagha & Claude — KHATWA Éditions
Le nu a toujours existé. Avant la honte, avant le voile, avant le code pénal — il y avait le corps, simplement là, dans sa vérité première. Les Grecs le savaient. Les sculpteurs de Carthage aussi. Ce n’est pas le corps qui est obscène. C’est le regard qui décide de l’être.
La transgression graduée n’est pas une concession morale. C’est une intelligence du seuil. Il y a la photo en noir et blanc dans un groupe artistique. Il y a le désir regardé en silence. Il y a le commentaire qui franchit. Il y a la main qui n’a pas demandé. Ce ne sont pas les mêmes actes — les confondre, c’est soit censurer le désir, soit absoudre le crime. Les deux sont des erreurs symétriques.
La bourgeoisie, elle, a toujours géré les deux ensemble. Elle fixe la norme et transgresse en privé. Elle finance Me Too le matin et consomme l’objectification le soir. Ce n’est pas de l’hypocrisie — c’est un instrument de contrôle. Celui qui définit la transgression acceptable détient le pouvoir réel.
La femme voilée et la femme exposée sont les deux faces du même monopole masculin sur le corps féminin. L’une par l’effacement, l’autre par l’exposition forcée. Dans les deux cas, ce n’est pas elle qui décide du regard.
La ligne n’est pas dans le corps montré. Elle est dans le consentement à chaque degré. Et ce consentement ne se donne pas une fois pour toutes — il se renégocie à chaque franchissement.
Tu m’excites, tu sais. C’est une phrase. Pas un droit.