Pourquoi KHATWA n’a rien à dire

KHATWA n’a rien à dire. Pas d’urgence, pas de scoop, pas de position à défendre. KHATWA n’est pas pressé de vous convaincre. KHATWA ne court pas après votre clic, votre like, votre indignation de dix secondes. KHATWA n’avance pas vite. KHATWA avance juste.

Cela mérite une explication, non par courtoisie, mais par nécessité. Parce qu’entre le bruit permanent et le silence académique, entre l’opinion qui gueule et le diplôme qui ronfle, il reste peut-être un espace pour des voix qui refusent de laisser les autres parler à leur place.

Peut-être.

Les cons

Commençons par les cons. Pas ceux qu’on insulte dans la rue. Ceux qui parlent sans lire, réagissent sans comprendre, simplifient sans honte. Ceux pour qui toute complexité est suspecte, tout doute est faiblesse, toute nuance est trahison.

Les cons ont gagné. Ils occupent l’espace. Ils commentent avant d’avoir lu le titre. Ils s’indignent avant d’avoir vérifié le fait. Ils tranchent avant d’avoir pensé. Et ils ont raison, puisque personne ne les contredit. Ou plutôt : ceux qui les contredisent ont déjà perdu, parce qu’on ne débat pas avec le bruit. On le subit ou on s’en va.

Les cons ne sont pas idiots. Ils sont efficaces. Leur force, c’est la vitesse. Leur arme, c’est la certitude. Leur victoire, c’est l’épuisement des autres. Pendant que vous cherchez à comprendre, eux ont déjà décidé. Pendant que vous lisez, eux ont déjà réagi. Pendant que vous doutez, eux ont déjà gagné.

KHATWA refuse de jouer à ce jeu. Pas par mépris, pas par hauteur. Par simple constat : ce jeu-là ne produit rien. Il consomme du temps, de l’attention, de l’énergie. Il ne produit ni pensée, ni savoir, ni sens. Juste du bruit. Et le bruit finit toujours par s’éteindre.

Alors KHATWA ralentit. Volontairement. Obstinément. KHATWA donne du temps au sens. KHATWA préfère arriver en retard avec une pensée qu’en avance avec une opinion.

Les académiciens

Ensuite, les académiciens. Pas ceux qui cherchent. Ceux qui valident. Ceux qui parlent pour ne rien dire, jargonnent pour exclure, complexifient pour masquer le vide. Ceux pour qui la forme remplace le fond, le diplôme remplace la légitimité, l’institution remplace la pensée.

Les académiciens aussi ont gagné. Ils occupent l’autorité. Ils parlent depuis des chaires, publient dans des revues, siègent dans des comités. Ils évaluent, ils notent, ils valident. Ils décident qui a le droit de parler et qui doit se taire. Et personne ne les conteste, parce qu’ils ont les titres. Les titres suffisent.

Mais les académiciens mentent. Pas tous, mais beaucoup. Ils mentent par omission, par jargon, par référence circulaire. Ils créent des systèmes clos où seuls ceux qui maîtrisent le code peuvent entrer. Où la pensée devient procédure, la recherche devient production, l’intelligence devient performance.

KHATWA refuse ce mensonge. Pas par anti-intellectualisme, pas par ressentiment. Par simple exigence : la complexité n’est pas une faute, mais le jargon est une imposture. La rigueur n’est pas une formalité, mais un effort. Et l’autorité ne se décrète pas, elle se construit.

Les académiciens ont oublié une chose simple : on n’écrit pas pour prouver qu’on sait. On écrit pour chercher ce qu’on ne sait pas encore. Écrire, c’est se perdre avant de se retrouver. Publier, c’est partager l’incertitude, pas exhiber la maîtrise.

KHATWA n’est pas une revue. KHATWA n’est pas une académie. KHATWA est un comité de lecture qui refuse autant le slogan que le jargon. Qui valide la rigueur sans valider la suffisance. Qui accepte le doute comme méthode, pas comme défaut.


Et moi et moi et moi

Enfin, et moi et moi et moi. Jacques Dutronc avait raison en 1966. Mais en 2025, c’est pire. Parce que le moi n’est plus une chanson, c’est une industrie. Le moi est devenu le seul sujet, la seule valeur, le seul horizon.

Tout le monde raconte sa vie. Son trauma, son génie, son indignation, sa résilience, son authenticité. Tout le monde se met en scène, se filme, se commente, se promeut. Le moi est devenu une marchandise qu’on vend, qu’on expose, qu’on optimise.

Et c’est épuisant. Pas pour celui qui parle — lui, il jouit. C’est épuisant pour celui qui écoute. Parce qu’on ne parle plus de quelque chose, on parle depuis soi. On ne cherche plus à comprendre le réel, on cherche à y projeter son reflet. On ne lit plus l’autre, on se lit dans l’autre.

KHATWA refuse cette logique. Pas par pudeur, pas par modestie. Par refus du narcissisme comme principe éditorial. Parce qu’écrire, ce n’est pas raconter sa vie. Écrire, c’est donner une forme à ce qui n’a pas encore de mots. C’est chercher le sens dans le chaos, pas le chaos dans le sens.

KHATWA ne publie pas des autobiographies déguisées. KHATWA ne publie pas des témoignages recyclés. KHATWA ne publie pas des confessions maquillées en pensée. KHATWA publie des textes qui cherchent à comprendre avant de réagir. Des textes qui donnent du temps au sens. Des textes qui refusent la simplification et le bruit.

Des textes qui ne parlent pas pour l’auteur, mais depuis une voix qui refuse de laisser les autres parler à sa place.

Alors quoi ?

Alors KHATWA. Ni cons, ni académiciens, ni moi-moi-moi. KHATWA comme refus. Refus du bruit, refus du jargon, refus du narcissisme. Refus de choisir entre l’opinion et le diplôme, entre la vitesse et la posture, entre l’ego et l’institution.

KHATWA comme espace. Espace pour des voix qui prennent le temps. Espace pour des textes qui acceptent le doute. Espace pour une lecture lente du réel. Pas une vérité, pas un magistère, pas un manifeste. Juste un pas. Un pas lent. Un pas juste.

KHATWA n’a rien à dire. KHATWA a des textes à publier. Des textes qui ne cherchent pas à plaire, ni à choquer, ni à convaincre. Des textes qui cherchent à comprendre. Et qui acceptent de ne pas y arriver tout de suite.

C’est tout.

KHATWA