Architecture de Sens

ÉPITAPHE POUR UNE INSTITUTION DE VERRE

Le réveil de l’Architecte Citoyen

Par Ilyes Bellagha

L’Ordre des Architectes de Tunisie (OAT), né dans l’enthousiasme législatif du 22 mai 1974, s’est éteint en silence. Il ne reste aujourd’hui qu’une enveloppe bureaucratique, un temple sans dieu, où l’on gère des procédures là où il faudrait porter une vision. Mais son agonie nous enseigne une vérité fondamentale que nous avions oubliée : nous sommes citoyens avant d’être architectes.

L’heure du constat clinique

L’OAT a commis le péché originel de croire que le diplôme créait une caste, une barrière entre le « professionnel » et le « citadin ». En s’enfermant dans l’entre-soi corporatiste, l’institution a fini par protéger le privilège du tampon au détriment de la qualité de la vie. Pendant que nos villes devenaient des déserts de béton et que la « Hogra » spatiale défigurait nos paysages, l’Ordre s’est muré dans ses guerres de clans, oubliant que sa seule raison d’être est le service du bien commun.

Ci-gît une certaine idée du privilège

Nous avons enterré le Sens sous des couches de règlements intérieurs. Nous avons laissé croire que l’architecture était une affaire de notables, alors qu’elle est le droit de chaque Tunisien à la dignité et au beau. Cette institution ne peut plus être réformée car elle ne parle plus la langue du peuple. Elle a trahi sa mission : être le garant du « plaisir d’exister ».

La naissance de l’Architecte Citoyen

Le 22 mai prochain ne sera pas une cérémonie funèbre pour l’OAT, mais le jour où nous reprenons notre place dans la Cité. Car avant d’être des signataires de plans, nous sommes des pères, des voisins, des passants. Nous subissons la laideur avant de la dessiner.

Redevenir Architecte Citoyen, c’est briser la muraille administrative. C’est rappeler que notre expertise n’est qu’un outil au service de notre engagement civique. J’ai saisi la Présidence de la République pour acter cette urgence : l’espace public est une question de sécurité nationale et de dignité humaine.

L’Ordre est mort parce qu’il a oublié qu’il servait des hommes. Le mouvement qui commence, lui, ne l’oubliera pas. Nous ne marchons pas pour nos bureaux, nous marchons pour nos villes.

Le roi est mort. Vive le Citoyen.