Architecture

الباب

LA PORTE

Manifeste

Tunis, 22 mai 2026

I. La ville tunisienne est mal habitée. L’architecte y est devenu le tampon d’arrangements qu’il n’a pas décidés. La mémoire bâtie s’effondre par négligence organisée.

Ce constat, nous le faisons sans colère et sans plainte. Nous le faisons parce qu’il est vrai, et parce qu’il est temps.

II. Pourquoi la porte

Nous appelons ce mouvement الباب — la porte. Parce qu’une porte dit deux choses en même temps : ce qu’on nous interdit, et ce que nous voulons rétablir.

On nous interdit d’entrer là où nos dossiers sont instruits. On nous interdit de voir qui tranche, sur quels critères, dans quels couloirs. On nous interdit de savoir pourquoi nos honoraires s’amputent entre la signature et le versement. La porte, telle qu’elle est aujourd’hui, est fermée.

Ce que nous voulons rétablir est plus ancien. Une porte, dans la maison arabe, n’est pas un bloc de fer. C’est un seuil. Elle dit : ici quelqu’un habite, et ce quelqu’un vaut qu’on frappe avant d’entrer. Nous voulons que cette dignité-là revienne — dans les guichets, dans les dossiers, dans les villes.

La porte dont nous parlons peu

Et il y a une porte dont nous parlons peu, parce qu’elle nous accuse. Celle que nous avons laissée se fermer derrière nous. Un jeune entre à l’ENAU avec plus de seize au bac. Il en sort six ans plus tard avec un diplôme, une dette familiale, et une dignité intacte. Puis il frappe. À la porte des bureaux, à la porte de l’Ordre, à la porte des commandes. Et la porte ne s’ouvre pas — ou s’ouvre juste assez pour qu’il serve, pas pour qu’il apprenne.

Nous, architectes installés, savons pourquoi. Nous savons qui tient la clé, et nous savons que nous n’avons pas toujours eu le courage de la lui tendre. Ce manifeste porte aussi cet aveu. Le chantier que nous ouvrons aujourd’hui pour notre signature et notre sol, nous le tiendrons demain pour la transmission. Rouvrir la porte aux jeunes qui viennent est la deuxième marche de الباب. Nous l’annonçons ici pour qu’on nous y attende.

Ouvrez la porte, ou rendez-nous la clé.

III. L’aveu

Avant d’accuser, nous nous accusons.

Nous avons trop donné. Nous avons signé ce que nous n’aurions pas dû signer. Nous nous sommes tus dans des réunions où il fallait parler. Nous avons laissé s’installer des circuits dont nous connaissions l’existence.

Oum Kalthoum le chante pour nous : إني أعطيتُ ما استبقيتُ شيئاً — j’ai tout donné, je n’ai rien gardé pour moi.

Ce manifeste n’est pas la plainte de victimes. C’est la reprise en main de ceux qui reconnaissent leur part. C’est en ce point-là que nous reposons le pied, pour faire un pas qui tienne.

IV. Nos trois exigences

Nous demandons trois choses. Elles sont précises, chiffrables, opposables. Nous ne demanderons pas plus, et nous ne demanderons pas moins.

1. Ouvrir les portes de l’instruction.

Publication publique, dossier par dossier, de l’état d’avancement de chaque permis de construire : date de dépôt, service instructeur nommé, motifs exacts de retour, date de décision. Fin de l’instruction à guichet fermé.

2. Rendre à la signature son poids, et à l’honoraire son dû.

Application contrôlée du barème des honoraires. Droit pour l’architecte de retirer publiquement sa signature d’un dossier modifié sans son accord. Notre nom n’est pas un tampon.

3. Protéger ce qui tient encore debout.

Inventaire d’urgence du patrimoine bâti menacé — médina, maisons arabes, kobbas, fondouks, édifices remarquables. Moratoire immédiat sur toute démolition d’un bâtiment à l’inventaire. Fin des démolitions du vendredi soir et des certificats de péril de complaisance.

V. Ce qui tient

Nous ne terminons pas par une supplique, mais par une déclaration.

Mahmoud Darwich a écrit, depuis l’exil : أنا من هناك ولي ذكريات — je suis de là-bas, et j’ai des souvenirs.

Nous faisons nôtre ce vers. Nous sommes d’ici même, et pourtant d’un ici qu’on efface. Vous pouvez déformer les plans, détourner les permis, laisser tomber les pierres. Vous ne pouvez pas démolir que nous sommes d’ici. Vous ne pouvez pas confisquer nos souvenirs.

Nous marcherons. Nous marcherons avec la porte pour nom et la dignité pour mesure. Nous marcherons parce que nous avons arrêté d’attendre qu’un autre la rouvre à notre place.

الباب

بيان

تونس، 22 ماي 2026

أوّلًا

المدينة التونسيّة تُسكَن على غير وجهها. صار المعماريّ فيها خاتمًا يُمهَر به ما لم يقرّره. والذاكرة المبنيّة تنهار بإهمالٍ مُدبَّر.

هذا ما نقوله اليوم، لا بغضب ولا بشكوى. نقوله لأنّه صحيح، ولأنّ الوقت حان.

ثانيًا. لماذا الباب

سمّينا هذا الحراك الباب. لأنّ الباب يقول شيئين في آنٍ واحد: ما يُمنَع عنّا، وما نريد أن نستردّه.

يُمنَع علينا أن ندخل حيث تُدرَس ملفّاتنا. يُمنَع علينا أن نعرف من يقرّر، وبأيّ معيار، وفي أيّ رواق. يُمنَع علينا أن نفهم لماذا تُقتطَع أتعابنا بين التوقيع والصرف. الباب، كما هو اليوم، مغلق.

وما نريد استعادته أقدم من ذلك. الباب في الدار العربيّة ليس كتلة حديد. إنّه عتبة. يقول: هنا ساكنٌ يستحقّ أن تطرق قبل أن تدخل. نريد لتلك الكرامة أن تعود — في الشبابيك، في الملفّات، في المدن.

الباب الذي لا نتكلّم عنه كثيرًا

وثمّة بابٌ لا نتكلّم عنه كثيرًا، لأنّه يتّهمنا. الباب الذي تركناه يُغلَق وراءنا. شابٌّ يدخل المعهد الوطني للعمارة والتعمير بمعدّل يفوق ستّة عشر. يخرج بعد ستّ سنوات بشهادة، ودَين عائليّ، وكرامة لم تُمَسّ. ثمّ يطرق. باب المكاتب، باب الهيئة، باب الطلبيّات. والباب لا يُفتَح — أو يُفتَح بالكاد، بما يكفي ليَخدم، لا ليتعلّم.

نحن، المعماريّون المستقرّون، نعرف لماذا. نعرف من يملك المفتاح، ونعرف أنّنا لم نتحلَّ دائمًا بالشجاعة لنمدّه إليه. هذا البيان يحمل ذلك الاعتراف أيضًا. الورشة التي نفتحها اليوم من أجل توقيعنا وأرضنا، سنفتحها غدًا من أجل النقل. إعادة فتح الباب للقادمين هي الخطوة الثانية في الباب. نعلنها هنا حتّى يُنتظَر منّا الوفاء بها.

افتحوا الباب، أو أعيدوا لنا المفتاح.

ثالثًا. الاعتراف

قبل أن نتّهم، نتّهم أنفسنا.

أعطينا أكثر ممّا ينبغي. وقّعنا ما لم يكن علينا توقيعه. سكتنا في اجتماعاتٍ كان يجب أن نتكلّم فيها. تركنا مسالك تنتصب ونحن نعرف أنّها قائمة.

أمّ كلثوم تغنّيها عنّا: إنّي أعطيتُ ما استبقيتُ شيئاً.

هذا البيان ليس شكوى ضحايا. إنّه استعادة القرار عند من يعترف بنصيبه. من هنا بالذات نعيد تثبيت القدم، لنخطو خطوةً تصمد.

رابعًا. مطالبنا الثلاثة

نطالب بثلاثة أشياء. دقيقة، قابلة للقياس، قابلة للمحاسبة. لن نطالب بأكثر، ولن نقبل بأقلّ.

1. افتحوا أبواب التراخيص.

نشرٌ علنيّ، ملفًّا بملفّ، لحالة كلّ رخصة بناء: تاريخ الإيداع، المصلحة المكلّفة بالدراسة باسمها، أسباب الإرجاع بالتحديد، تاريخ القرار. لا مزيد من الدراسة خلف شبّاك مغلق.

2. أعيدوا للتوقيع ثقله، وللأتعاب حقّها.

تطبيقٌ مراقَب لجدول الأتعاب. حقّ المعماريّ في سحب توقيعه علنيًا من أيّ ملفّ عُدِّل دون موافقته. اسمنا ليس خاتمًا.

3. احموا ما لا يزال واقفًا.

جَردٌ عاجل للتراث المبنيّ المهدَد — المدينة العتيقة، الدور العربيّة، القباب، الفنادق، المباني ذات القيمة. تجميدٌ فوريّ لكلّ هدم يطال مبنًى مُدرَجًا في الجرد. لا مزيد من هدم ليلة الجمعة، ولا مزيد من شهادات الخطر المجاملة.

خامسًا. ما يصمد

لا نختم بتوسّل، بل ببيان.

كتب محمود درويش من المنفى: أنا من هناك ولي ذكريات.

نتبنّى هذا البيت. نحن من هنا بالذات، ومع ذلك من هنا التي تُمحى. يمكنكم تشويه المخطّطات، وتحويل الرُخَص، وترك الحجارة تسقط. لا يمكنكم هدم أنّنا من هنا. لا يمكنكم مصادرة ذكرياتنا.

سنمشي. سنمشي والباب اسمنا والكرامة مقياسنا. سنمشي لأنّنا كففنا عن انتظار من يفتحه عنّا.

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