Si ce n’est pas moi, c’est moi de toutes les façons
Le paradoxe du bâtisseur : Habiter ou Loger ?
Un architecte construit, et alors les gens habitent. Un architecte bâtit, et alors les gens se logent. Entre ces deux verbes se joue toute la dignité de notre métier. L’acte de construire est une projection de l’esprit dans la matière pour offrir un foyer à l’existence ; l’acte de bâtir, lorsqu’il est vidé de son sens, n’est qu’une production de boîtes à survivre.
L’architecte n’est pas Satan, et il n’est pas un ange. Il est profondément humain, et l’humain, dans sa soif de dominer l’espace, est souvent celui qui détruit. Qui protège la cité des dérives des architectes ? C’est l’Ordre de ce métier. Mais une question plus brûlante nous anime aujourd’hui : qui protège le métier de son propre Ordre ? Ce sont les architectes eux-mêmes, ceux qui refusent la fatalité et font de leur pratique une mission plutôt qu’une simple rente.
L’environnement n’est pas une rose dans un pot
Nous devons cesser de nous mentir : l’environnement n’est pas une décoration, ce n’est pas une « rose dans un pot » que l’on ajoute pour verdir un plan de masse. C’est un équilibre vital de feu, de terre et d’eau. Pourtant, l’architecte actuel pollue autant qu’il bâtit. La ville s’étend sans fin, dévorant la terre qui nourrit, sacrifiant le sol fertile sur l’autel du béton.
Certains, ne voyant que le bout de leur nez, applaudissent cette expansion aveugle. Leur argument semble sain, presque irréprochable : « nous devons subvenir à nos besoins ». Certes. Mais pour que l’architecte puisse assumer sa responsabilité envers la terre et la cité, il doit d’abord être respecté. On ne peut exiger une éthique de bâtisseur de la part de ceux que l’on précarise. Donnez à nos constructeurs leurs dus et leur dignité.
Le Gardien et la Mission
Si l’institution censée nous protéger devient le lieu de l’inertie ou de la suspicion, alors la boucle de responsabilité revient à son point de départ. La dignité ne nous sera pas offerte par décret ; elle sera conquise par ceux qui refusent de voir leur mission trahie par ceux qui « donnent la poisse » et vivent de notre précarité.
Le titre de cet article est un rappel à l’ordre personnel : Si ce n’est pas moi, c’est moi de toutes les façons. Cela signifie que nous ne pouvons plus nous cacher derrière des structures défaillantes. Si l’Ordre ne protège plus le métier, c’est à l’architecte de se dresser pour protéger l’honneur de sa profession.
Conclusion : Le rendez-vous du 22 mai
Le rassemblement devant le siège de l’OAT n’est pas qu’une affaire d’honoraires, c’est une affaire de survie morale. Nos honoraires ne sont pas une aumône, mais le droit de vivre dignement pour pouvoir rendre à ce pays une architecture qui fait sens.
À ceux qui occupent notre maison alors que leur bail est fini, à ceux qui craignent le changement, nous opposons notre volonté de bâtir un avenir où l’architecte est enfin libre de sa mission.
Le 22 mai, nous reprenons notre place.
« Joindre l’agréable à l’utile : l’architecture du sens commence par le plaisir d’exister. »